
Paillettes et jumelage....

Le terme strass, apparu en 1746, est dérivé du nom d’un orfèvre, élevé en 1734 au rang de Joaillier du Roi par Louis XV, Georges Frédéric Strass, qui mit à la mode ce type de bijoux dont certains modèles très rares coutèrent plus cher que les originauxPhilippe Wendling – DNA 22 décembre 2023
A Wolfisheim, une impasse porte le nom du joaillier né dans la commune en 1701. Photo Philippe Wendling
Il y a tout juste 250 ans, le 22 décembre 1773,
Georges Frédéric Strass s’éteint à son domicile parisien. Sa dépouille est
inhumée le lendemain au cimetière protestant du Port-au-Plâtre dans le 12
Dernier d’une fratrie de sept enfants, Georges Frédéric Strass est né le 29 mai 1701 à Wolfisheim, où son père officie comme pasteur luthérien. À 13 ans, il commence à apprendre l’orfèvrerie et la joaillerie auprès d’Abraham Spach, un artisan strasbourgeois. Après quatre ans à ses côtés, il prend la route et multiplie les patrons avant d’être embauché à Paris puis d’y ouvrir dans les années 1730 sa propre boutique le long du quai des Orfèvres. Consécration : il est élevé rapidement au rang de « marchand joyalier du Roy » Louis XV.
Confronté à la même période à une raréfaction sur le marché des diamants en provenance du Brésil et d’Inde, il se lance dans l’imitation de pierres précieuses en recourant à un principe développé en Angleterre depuis le siècle précédent. Il mêle au verre un taux renforcé d’oxyde de plomb et ajoute des sels métalliques pour obtenir différents coloris. L’homme est ingénieux. Un trait de famille, sans doute. Son frère Philippe Jacques Strass – qui a résidé un temps 23 quai des Bateliers à Strasbourg – a pour sa part inventé une colle animale.
Dans une réclame, Georges Frédéric Strass explique qu’il « peint toutes sortes de pierres très avantageusement égales à celles d’Orient » et les vend « à très juste prix ». Étant en effet moins chers que des diamants authentiques (mais aussi moins « durs » et solides), ses cristaux lui permettent de toucher une large clientèle. Y compris parmi la noblesse ! Louis XV, lui-même, s’en procure. Le succès de ses créations est tel qu’elles sont imitées par des confrères qualifiés de « joailliers-faussetiers ».
L’Alsacien n’en garde pas moins un certain leadership. Pour preuve : les similis diamants, produits ou non par ses soins, sont d’abord qualifiés de « pierres du Rhin » en référence à ses racines puis simplement de « strass » à partir des années 1746-1748. Devenu nom commun, son patronyme gagne les dictionnaires français et se diffuse à travers le monde. Célibataire sans enfant à son décès, Georges Frédéric Strass a légué le fruit de son labeur à ses neveux, dont un a repris son affaire.


